Le Code Rural et l’ Éden du Puy de Toul

Le Code Rural et l’ Éden du Puy de Toul

Le Code Rural et l’ Éden du Puy de Toul

 

C’est bien connu : nul n’est censé ignorer la loi. Que ne l’eussé-je su plus tôt ! Une disposition essentielle du Code Rural était susceptible de me faire vivre une aventure peu commune et de surcroît fort utile à la population locale.

Depuis des mois, les toits de ma modeste demeure étaient squattés par une cinquantaine de pigeons qui jouaient les pique-assiette chez oies et poules, nos locataires régulières. Ces dernières s’acquittaient convenablement de leurs obligations contractuelles. Tout au long de l’année, les gallinacées, sans pinailler, nous fournissaient les œufs, et avec les oies, sans trop barguigner, elles se laissaient transformer en poules au pot et les oies s’accommodaient d’un passage au four à condition que la température ne soit point trop excessive. Quant au coq, il oscillait entre poulet rôti et coq au vin.

Ainsi, se perpétuaient les coutumes depuis une vingtaine d’années. Est-ce par transmission de pensée ou à tire d’aile que la consigne fut passée ? Des quatre coins du ciel, les pigeons, sans vergogne ni contrat en bonne et due forme, s’invitèrent à ma table – pardon – aux gamelles des volailles. Convenablement repus, ils s’alignaient sur le faîtage des toits.

A mes discours sur la morale contestable de pique-assiette et squatters, ils roucoulaient d’un air entendu :

– Cause toujours, tu nous intéresses.

Ignorantus, ignoranta, ignorantum.

Comme eut dit ce bon M. Molière ! C’était le Code Rural qu’il m’eut fallu leur déclamer, et plus particulièrement, l’article L-211-1 qui stipule :

Lorsque des animaux non gardés ou dont le gardien est inconnu ont causé du dommage, le propriétaire lésé a le droit de les conduire sans retard au lieu de dépôt désigné par le maire,qui,s’il connaît la personne responsable du dommage aux termes de l’article 1243 du code civil, lui en donne immédiatement avis. Si les animaux ne sont pas réclamés, et si le dommage n’est pas réparé dans la huitaine du jour où il a été commis, il est procédé à la vente sur ordonnance du juge compétent de l’ordre judiciaire qui évalue les dommages.

Ces messieurs – les Pigeons – eussent été dans l’obligation de respecter la procédure : tous derrière et moi devant, nous aurions pris sagement le chemin conduisant à la Mairie, cela va de soi, à la queue leu leu pour ne pas perturber la circulation.

A compter de cet instant, la situation échappe à tout contrôle …

Fort heureusement, Man, le fugueur du jour, pour qu’on lui pardonne son escapade, se fit un point d’honneur à me narrer par le menu la suite des évènements. Faut-il ajouter foi .à ses dires, ouah, ouahhh ! Je laisse le lecteur juge de se faire son opinion. En tout état de cause, rendons à César  ce qui lui appartient, le Code Rural a du bon quand il permet à l’esprit de s’évader …

Ami(e)s lecteurs, accrochez-vous ! Veuillez suivre Man dans sa narration divagatrice …

L’Éden du Puy de Toul

D’un bref et néanmoins impérieux roulement de tambour, le garde-champêtre invita la gent pigeonnière à écouter attentivement l’arrêté municipal portant décision de se rendre séance tenante à la Mairie sous la conduite du maître de céans.

Vêtu à la mode ancienne, celui-ci embouchant une flûte de roseau se mit à jouer une fort jolie mélodie. Cinquante pigeons se rangèrent alors derrière lui en file indienne et le convoi put alors

s’ébranler, imitant le Petit Cheval blanc de Georges Brassens «  Tous derrière et lui devant ». …/…

Au troisième croisement, un second convoi semblait les attendre. Un dialogue se noua entre les meneurs de troupeaux disparates.

– Mère Michel, vous avez donc retrouvé votre chat ?

– Le sacripant ! Il est revenu accompagné de son abondante descendance à tel point que le voisinage m’a sommé d’opposer à la population des matous errants, l’article L- 211-1 du Code Rural. De ce pas, nous allons à la rencontre de M. le Maire qui saura quelle suite donner au litige qui s’annonce.

La mère Michel et JCLB – l’homme aux pigeons – durent calmer l’échauffement qui se manifestait dans leurs troupeaux respectifs :

– Vous, les matous, le moment n’est pas venu de vous régaler de pigeons

– Et vous, les pigeons, veuillez ne point vous affoler, la mère Michel veille au grain. Ensemble, poursuivons notre route …

Le joueur de flûte reprit son air mélodieux accompagné de la chanson qui collait à la situation :

« C’est la mère Michel qui a perdu son chat
Qui crie par la fenêtre à qui le lui rendra
C’est le père Lustucru qui lui a répondu
Mais non la mère Michel
Vot’chat n’est pas perdu » …

Sur le pas de la porte de l’édifice municipal, M. le Maire n’en crut pas ses yeux. Mais c’était un homme sage à la prompte décision susceptible de faire face à toute situation.

– Passez votre chemin ! Franchissez Sourdoire et Maumont, continuez votre route, traversez Saint-Michel et continuez direction le Puy de Toul …

– Mais, Monsieur le Maire, ne craignez-vous point que nous ne fassions que déplacer le problème ?

La surabondance de chats errants et pigeons squatters pique assiette y sera tout autant un fléau qu’en notre commune …

Man, à qui on ne demandait rien, jugea opportun d’ajouter son grain de sel :

– Poursuivons ! Poursuivons notre route. Au bout du chemin, sans nul doute, chacun qu’il soit à deux ou quatre pattes, vivra sa destinée de chat et de pigeon.

En fait, il y avait tout en haut du Puy de Toul qui culmine à 277 mètres d’altitude, selon Man, fin observateur, tous les éléments utiles à la paix sociale de la gent animalière.

En haut des chênes, on pouvait construire des nids à foison ; les mulots en prenaient vraiment trop à leur aise ; tapis sous les fourrés, martres et fouines se pourléchaient les babines ; les goupils mûrissaient déjà les guet-apens dans lesquels ne manqueraient pas de sombrer les protagonistes qui arrivaient à point en ce début de printemps où il faut bien nourrir ses renardeaux. Au dessus des arbres, buses, faucons et milans fourbissaient leurs serres imaginant déjà leurs prochains menus, alternativement composés de pigeons et de chats. Quant aux arbres, arbrisseaux, buissons et arbustes, sans concertation aucune, en toute sérénité, ils hâtèrent leur production de baies et de fruits.

La mère Michel et JCLB, leurs missions accomplies, décidèrent d’un commun accord qu’ils méritaient un plantureux déjeuner à La Table du Fermier, cela va de soi aux frais de la commune à qui ils venaient de rendre un fier service.

Man, pour sa part, venait de gagner les galons de reporter fidèle d’une aventure que d’aucuns jugeront improbable …

Jean-Claude

Les commentaires sont clos.