L’habitude du vide

L’habitude du vide

L'habitude du vide

Je ne sais pas trop par où commencer.

Peut-être parce que cette fois, il n'y a rien d'extraordinaire à raconter. Pas d'accident, pas de révélation, pas de phrase qui change tout. juste une suite de petits moments qui, mis bout à bout, finissent par peser.

Ce matin par exemple, j'ai raté mon bus. Ce n'est pas grave, ça arrive. J'ai attendu le suivant debout, les mains dans les poches, à regarder les autres faire semblant de ne pas se regarder. Une femme a soupiré très fort. Un homme a vérifié sa montre trois fois en une minute. Finalement, moi j'ai compté les fissures sur le trottoir.

Au travail, rien de particulier. Des mails, les réponses, des phrases écrites sans y penser vraiment. J'ai dit "bien cordialement" à des gens que je ne connais pas. J'ai relu des documents que j'oublierai demain. A midi, j'ai mangé sans faim. Un sandwich trop froid. Un café trop rapide.

Tout était à sa place. C'est peut-être ça le problème.

Il n'y a pas eu de moment précis où je me suis dit que quelque chose clochait. Plutôt une accumulation. Comme une buée qui s'installe lentement sur une vitre sans qu'on sache exactement quand elle a commencé à troubler la vue.image1_6 L'habitude du vide

En rentrant, j'ai posé mes affaires au même endroit que d'habitude. J'ai allumé la lumière, ouvert la fenêtre, refermé. Les gestes étaient justes, précis, presque rassurants.

Et pourtant, il manquait quelque chose.

Pas un objet. Pas une personne. Quelque chose de moins tangible, de plus difficile à nommer. Une forme d'élan, peut-être. Ou l'envie de faire autrement.

Je me suis assis, sans enlever mon manteau.

Le silence n'était pas lourd, juste présent. Comme un colocataire discret qui ne parle jamais mais dont on sent la présence dans chaque pièce.

Alors voilà.

Je ne sais pas trop par où commencer, parce que tout va bien en apparence.

Et que c'est précisément ça qui m'inquiète.

Vivaldi dans le vent

image2_6 L'habitude du vide

Feuillus, le vert tremble

Vivaldi. Éclats dans le vent.

Semailles, terre humide, frisson.

Bourgeons qui poussent, qui tirent.

Voués au souffle des racines.

La terre exhale, parfum de délivrance, turbulent comme un cœur qui bat.

La rose surgit, rouge, fulgurante.

Regain de lumière dans la nuit suspendue.

Belle journée à vous

Caroline 

Les commentaires sont clos.