Le monologue d’une ombre
Le monologue d’une ombre
Le soir s’avance, et déjà je vacille. 
Je ne suis pas celle qui s’étire au sol.
Je suis ce qui tremble à sa lisière,
ce qui hésite quand elle s’allonge trop.
Elle, je la vois.
Fine, fidèle, collée à ses pas.
Moi, je n’ai pas cette chance.
Je dépends d’elle comme elle dépend d’une autre.
Un décalage infime, et je me défais.
Un pavé inégal, et je me brise.
Quelque part une douleur insiste.
Je suis une rumeur de forme, un presquerien
qui suit un presquequelque chose.
La pierre garde un peu de chaleur.
Elle, peutêtre aussi.
Moi, je ne sens que le manque de tout.
Le vent me traverse sans même me reconnaître.
Parfois, elle l’enveloppe, la recouvre presque.
Alors je disparais sous cette étreinte
qui n’est déjà pas la mienne.
Je n’entends rien d’elles.
Seulement le monde qui insiste : pas, froissement, souffle
qui glisse entre nous sans jamais s’arrêter.
Je suis trop loin pour recevoir, trop proche pour exister.
Même son parfum m’échappe : une trace dans l’air,
déjà dissoute quand je la devine.
Je regarde ses gestes à travers elle.
Une main se lève, mais je n’en retiens qu’un doute.
Un rire naît, et je n’en perçois que la chute.
Aimetelle ? Estelle aimée ?
Je ne sais même pas si elle le sait.
Je voudrais rester là, au plus près,
ne pas peser, ne pas gêner,
simplement accompagner.
Devenir ce qui ne se voit plus quand on regarde,
ce qui demeure sans apparaître.
Mais la lumière baisse encore.
Ombre de son ombre,
je cède avant elles.
PL